La gestion collective au scanner03/02/2014  



L’encours recule de 17,2 milliards d’euros

Les actifs gérés par l’ensemble des fonds de droit français ouverts à la commercialisation ont reculé de 17,2 milliards d’euros en 2013, pour rejoindre le niveau de 755,6 milliards d’euros sous gestion.Après une progression de +5% l’an passé, le marché de la gestion collective peine donc à confirmer son rebond : son repli de -2,2% cette année porte à -12% son retard sur trois ans, soit une différence de près de 100 milliards d’euros, et à -29% son repli par rapport à son point haut atteint en 2007.

L’année se caractérise en effet par une très forte baisse de 42,4 milliards d’euros des actifs de court terme, toujours soumis à un environnement historique de taux bas. A l’inverse, la très bonne tenue des marchés d’actifs risqués, en particulier des actions, aura une nouvelle fois permis de délivrer de fortes performances. Les gains issus de la gestion auront rassemblé +46 milliards d’euros cette année mais n’auront pas suffi à déclencher un retour massif des investisseurs.

Le marché des fonds de droit français demeure donc empreint d’une certaine divergence entre les performances nettement positives réalisées depuis 2 ans et la frilosité de certains investisseurs à réorienter une partie de leurs allocations sur les actifs à risque. Cette dynamique de collecte en berne confirme le retard pris par le marché français au niveau européen, en particulier au regard du redémarrage très vif dont ont bénéficié certains marchés de fonds cette année.

Les souscriptions nettes

Cette année, le marché de la gestion collective affiche une nouvelle décollecte, la 4ème en quatre ans et la 6ème depuis 2007. Les rachats enregistrés en 2013 rassemblent -56,8 milliards d’euros et restent très largement induits par les opérations menées sur les actifs de court terme. Si l’allocation d’actifs a su s’autoriser davantage de risque cette année, le retour des flux acheteurs demeure encore timide et une partie d’entre eux se caractérise par la réallocation des actifs internationaux vers les actifs des marchés européens.

Les politiques ultra-accommodantes des Banques Centrales ont en effet maintenu sous pression les rendements du marché monétaire. Les fonds de Trésorerie enregistrent cette année une décollecte de -44,6 milliards d’euros qui marque l’essoufflement d’une profonde tendance qui avait animé la classe d’actifs l’an passé : celle d’investisseurs privilégiant les rendements les plus élevés de la classe d’actifs au travers des fonds de longue maturité (6 mois).

Si quelques reports de la gestion monétaire ont continué d’alimenter la classe obligataire, la classe d’actifs aura surtout été animée par les anticipations de remontée des taux. Les demandes de rachats caractérisent la plupart des catégories de fonds Obligations, à l’exception notable du compartiment Haut Rendement dont la demande marque tout de même un certain essoufflement par rapport à l’an passé. Après une demande soutenue de +8,4 milliards d’euros l’an passé, les fonds Obligations enregistrent en 2013 une décollecte de -723 millions d’euros.

Après un retour avorté des flux acheteurs en début d’année, les opérations des investisseurs menées sur les fonds Actions marquent, au 2nd semestre, le rééquilibrage des allocations sur les actifs européens. Les fonds de Petites et Moyennes Capitalisations ainsi que la gestion active de valeurs européennes ont été privilégiés, contre des rachats sur les autres catégories géographiques. En 2013, les fonds Actions enregistrent une décollecte de -3,3 milliards d’euros, plutôt limitée au regard des rachats qui nourrissaient la classe d’actifs depuis 2 ans, mais très décevante en comparaison du niveau élevé des performances.

Poursuivant la tendance initiée l’an passé, les investisseurs sont restés acheteurs de fonds Obligations Convertibles. Soutenus par des rendements certes plus mesurés que l’an passé, ces fonds ont néanmoins gardé tout leur attrait et réuni une demande annuelle de +1,3 milliard d’euros.

Certaines opérations menées sur les fonds Diversifiés n’ont pas dérogé à la tendance vendeuse qui caractérise cette famille depuis 2007. Les rachats de fonds à dominante Actions et des fonds d’allocation Mixte ont poursuivi sur leur rythme, tandis que les fonds à dominante Taux enregistraient le retour significatif d’investisseurs pour +1 milliard d’euros. En marge, les fonds à Horizon semblent toujours avoir du mal à convaincre. Le total des opérations menées sur les fonds de la famille Diversifiés est une nouvelle décollecte annuelle de -3,8 milliards d’euros.

Parmi l’ensemble des stratégies de Performance Absolue, les fonds d’Arbitrage de Crédit et la gestion Flexible auront particulièrement retenu l’attention des investisseurs. Les premiers auront profité de la poursuite d’une tendance déjà acheteuse l’an passé, tandis que les seconds auront enregistré le retour des flux acheteurs après une année de disette. Ces résultats compensent les rachats des stratégies d’Arbitrage de Volatilité et la faible demande pour les fonds de Multi-Stratégies. L’ensemble des fonds de Performance Absolue affiche une collecte annuelle de +401 millions d’euros en 2013, après d’importants rachats ces deux dernières années.

La famille des fonds Alternatifs est restée ancrée dans une tendance qui semble désormais immuable depuis les premiers rachats enregistrés en 2007. La pression vendeuse exercée par les investisseurs aura rassemblé -916 millions d’euros de flux sortants, au cours des onze premiers mois de l’année. L’an passé, les rachats avaient atteint -1,5 milliard d’euros.

La gestion de produits structurés enregistre un véritable coup d’arrêt de son segment des fonds Garantis : à peine une quinzaine de fonds assortis d’une Garantie Totale en Capital a été ouverte à la commercialisation en 2013, drainant l’une des plus étroites collectes de ces dernières années, avec +2,1 milliards d’euros. La demande des investisseurs semble néanmoins s’orienter vers l’offre de fonds à Formule qui rassemble un peu moins de +500 millions d’euros de souscriptions nettes cette année. Compte tenu des rachats de fonds arrivés à échéance et des sorties anticipées, la famille des fonds Garantis ou à Formule affiche -4,9 milliards d’euros de rachats nets en 2013.

Les fonds spécialisés dans les Matières Premières enregistrent un revirement de tendance induit par -423 millions d’euros de rachats et une perte d’encours de plus de 50% sur l’année. A l’inverse, les fonds Immobilier continuent de bénéficier d’une demande solide (+251 millions d’euros reçus sur les fonds ouverts à tout public) et dépassent, fin novembre, la barre du milliard d’euros sous gestion.

Dans un marché de gestion collective en baisse de -2,2% cette année, la gestion ISR continue de gagner des parts. La croissance annuelle d’encours atteint près de +4,2% mais reste avant tout portée par les conversions de fonds. Cette année, ce sont près de 6,5 milliards d’euros d’encours qui ont été transférés de la gestion traditionnelle vers la gestion ISR. Cet effet de structure permet de compenser les importants rachats d’actifs de court terme, tandis que les performances et les allocations de +425 millions d’euros aux classes d’actifs risqués apportent une contribution positive. L’ISR représente désormais une part de 8,7% du marché des fonds (contre 8,1% l’an passé), avec 65,6 milliards d’euros sous gestion.

Les ETFs de droit français enregistrent une progression annuelle d’encours de +7,3% en grande partie induite par la hausse des indices, en particulier du marché des actions. Malgré un retour des flux acheteurs en dernière partie d’année, c’est en effet une décollecte annuelle de -437 millions d’euros qui caractérise ces fonds de gestion passive en 2013, offrant un assez net contraste avec les résultats du marché des ETFs en Europe. Les actifs gérés en ETFs de droit français rassemblent 43,5 milliards d’euros sous gestion.

Tendance des fonds UCITS

Sur les onze premiers mois de l’année, le marché européen des fonds UCITS enregistrait une formidable collecte de près de +200 milliards d’euros, égalant ainsi les résultats de collecte de 2012.

Selon les données publiées par l’European Funds and Asset Management Association (EFAMA), les classes d’actifs de long terme continuaient d’être très largement recherchées par les investisseurs, avec des allocations de près de +270 milliards d’euros, caractérisées par une rotation des flux vers les fonds de la classe Actions. A l’inverse, les actifs de court terme s’acheminaient vers une 5ème année consécutive de décollecte, enregistrant près de -70 milliards d’euros de rachats.

Cette année marque également la fin de certaines disparités entre les différents marchés de fonds européens, en particulier sur la dynamique des flux des classes d’actifs de long terme. Si les marchés luxembourgeois et irlandais confirmaient leur attractivité, de même que les marchés britannique, suisse, allemand et d’Europe du Nord soulignaient leur dynamisme, les marchés espagnol et italien retrouvaient la confiance de leurs investisseurs après deux ou trois années plutôt ternes.

Parmi les principaux marchés de la gestion d’actifs en Europe, seul le marché français restait à l’écart de cette dynamique retrouvée des classes d’actifs risqués.

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Au terme du 3ème trimestre, les marchés luxembourgeois et irlandais s’étaient adjugés la majeure partie des flux acheteurs en Europe, avec des collectes respectives de +117 milliards d’euros et de +49 milliards d’euros. Le marché des fonds britannique restait porté par une collecte de +13 milliards d’euros de ses fonds Actions, tandis que les marchés espagnol et italien affichaient une vitalité retrouvée et engrangeaient, respectivement, près de +15 milliards d’euros de souscriptions nettes et près de +11 milliards d’euros de flux nets acheteurs. La rotation des Obligations vers les Actions semblait moins marquée sur les marchés allemand et suisse, qui affichaient néanmoins près de +7 milliards d’euros de collecte chacun.

Structurellement prédominant dans la gestion monétaire, le marché français continuait de pâtir d’un environnement de taux historiquement bas et peinait à rebondir sur les classes d’actifs risqués. S’il restait animé par des tendances d’allocations comparables à la mouvance européenne, il accusait néanmoins un certain retard de collecte, en particulier sur les fonds de catégorie Actions.

Inclus dans ces résultats de collecte des fonds européens, la collecte enregistrée sur le segment des Exchange Traded Products (ETP, incluant les ETF et les ETC). Selon les données de BlackRock, ce marché enregistrait en Europe un peu plus de +18 milliards de dollars de collecte en 2013. Alimenté par des allocations de près de +20 milliards de dollars en produits Actions et de +11 milliards de dollars en produits Obligations, le marché des ETP progressait de plus de +14% sur un an, pour un encours fin d’année de 420 milliards de dollars.

Le paysage français de la gestion collective

Le paysage français de la gestion collective enregistre cette année une évolution très nette de la structure de son encours. Ces changements sont principalement induits par les rachats de la gestion monétaire et l’effet marché très largement positif des classes d’actifs risqués.

Les fonds de Trésorerie rassemblent désormais une part de 40% des encours de gestion collective, contre une part de 43% l’an passé et un pic de 51% atteint en 2009. La part des classes d’actifs risqués progresse mécaniquement avec, en particulier, un encours des fonds Obligations représentant 11% du marché, contre 10% l’an passé, et un encours des fonds Actions représentant désormais une part de 25% du marché. Les autres classes d’actifs de long terme continuent de représenter des parts sensiblement comparables sur un an.

L’offre de fonds

Véritable tendance de fonds du secteur, la rationalisation des gammes – dont une part importante continue de se tenir dans les structures de gestion de taille importante – reste à l’oeuvre et continue de modifier l’offre du marché des fonds de droit français. Comme l’an passé, les clôtures de fonds sont demeurées sur un niveau élevé, de l’ordre de 540 fermetures, tandis que la dynamique des créations continuait de ralentir (hors ETFs).

Pour autant, le dynamisme entrepreneurial demeure élevé en France et contribue activement à une diversification de l’offre de gestion. Au cours de ces trois dernières années, 58% des fonds créés ont en effet adopté un style de gestion autre que la gestion dite « traditionnelle ». Parmi les grandes tendances du marché, les gestions à horizon et à échéance se développent sur les classes obligataires et monétaires, afin de répondre aux exigences de rendements des investisseurs, tandis que les produits structurés enregistrent un véritable coup d’arrêt du segment des fonds Garantis.

Les sociétés récemment créées participent au développement d’une offre de gestion pilotée par le risque et renforcent l’offre de modèles quantitatifs. Les techniques de gestion alternatives restent également très prisées.

Les frais de gestion

Après deux années de baisse, les frais de la gestion – approchés par le Total des Frais sur Encours (TFE) – s’inscrivaient en hausse sur la plupart des classes d’actifs, en particulier celles de long terme. Ce revirement de tendance masquait pourtant une nouvelle réduction des frais courants de la gestion, dans un contexte où la plupart des sociétés devaient consentir à de nouvelles réductions de leurs frais de fonctionnement.

Ce paradoxe est la conséquence du grand retour des prélèvements de commission de performance en 2012, induit par la forte hausse des marchés d’actions. Il est probable que l’année écoulée voit cette tendance se poursuivre.

Les sociétés de gestion

Au terme d’une année marquée par les rachats de fonds de Trésorerie et l’allégement des investisseurs sur la dette privée au profit d’un retour, certes modéré, sur la classe Actions, davantage de disparités de collecte émergent en 2013. Davantage de gestionnaires enregistrent également une collecte annuelle positive. Les gestions active, quantitative, flexible et certaines techniques alternatives sont à l’honneur.

De nombreux spécialistes de la classe Actions, tels que Metropole Gestion, Financière de l’Echiquier ou le gestionnaire quantitatif Tobam, et quelques banques privées s’illustrent sur la collecte en actifs risqués. C’est également le cas des généralistes CPR Asset Management, qui aura réuni la plus forte collecte annuelle de la gestion collective en 2013, et de DNCA Finance. A l’inverse, les filiales des réseaux bancaires et d’assurance sont en situation de décollecte nette sur la plupart de leurs expertises.

Actifs peu risqués et Actifs risqués : cf. Note de Méthode page 46

en millions d’euros


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